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Partager l'article ! Le Monde du 8 novembre 2008: Les entreprises endettées en "LBO" entrent dans une zone à risque La conjoncture se dégrade et certaines entr ...
Les entreprises endettées en "LBO" entrent dans une zone à risque
La conjoncture se dégrade et certaines entreprises vont inévitablement couler, emportées par la récession économique. Mais une catégorie de sociétés inquiète particulièrement : celles qui ont
fait l'objet d'un "LBO" (leverage buy out). Autrement dit, les sociétés qui ont été rachetées par des fonds d'investissement avec un fort recours à l'emprunt, lesquelles frôlent
aujourd'hui le surendettement.
Selon l'assureur-crédit Coface, sur les 1 600 entreprises sous LBO en France, 900 sont dans une "zone de haute surveillance". Plusieurs dizaines sont même en
"alerte", indique Didier Morand, directeur des risques à la Coface. L'assureur-crédit s'attendait à voir les défauts de paiement se multiplier sur les LBO. Mais "dans les
précédentes crises, l'ampleur du risque était moindre", signale-t-il. La Coface a déjà relevé près d'une dizaine de "craquages" de LBO en Europe et redoute que le phénomène ne s'amplifie.
"Il y aura deux années délicates", prédit M. Morand.
Les LBO ne sont pas à l'origine des difficultés des entreprises, mais constituent un facteur aggravant. En particulier lorsque les opérations ont été montées en 2004. A cette époque d'argent facile, les banques ont octroyé des crédits très importants représentant parfois 70 %, voire 80 %, de la valeur de la société. Avec la technique du LBO, l'entreprise rachetée par le fonds est censée rembourser la dette grâce à la trésorerie qu'elle génère. Mais avec le ralentissement de l'économie, ses revenus diminuent et la dette devient insupportable.
Pour ces sociétés sous LBO, la situation est d'autant plus délicate qu'elles "n'ont souvent plus de gras", explique Philippe Druon, avocat spécialisé dans les entreprises en difficulté chez Weil, Gotschal & Manges. L'organisation de la société a déjà été optimisée par le fonds pour être la plus rentable possible. Réduire encore les coûts relève de la gageure. Voyant la situation se tendre, les banques s'alertent, réclament plus de garanties et refusent d'accorder de nouveaux crédits à ces sociétés, de peur de ne pas être remboursées. Or, "une entreprise sans crédit, c'est comme un moteur sans huile", signale M. Druon. Pour celles qui ont des besoins courant de trésorerie, la situation devient périlleuse, parfois "très inquiétante", note l'avocat.
Pour l'heure, il n'est pas question de faillites. Mais "les LBO sont un pétard à mèche longue", reconnaît un gérant de fonds anglo-saxon. Dans l'immédiat, les fonds et les entreprises affectées tentent de négocier un rééchelonnement des dettes.
"RISQUE INDUSTRIEL ET SOCIAL"
Mais les banques, elles aussi en difficulté, ne veulent prendre aucun risque et demandent aux fonds de renflouer eux-mêmes lesdites sociétés. Certains pourraient le faire. "Les fonds ont des liquidités à investir, c'est l'occasion de montrer leur rôle d'actionnaire", estime Gonzague de Blignières, président de Barclays PE. Or, il est peu probable que beaucoup passent à l'acte. "Ils ne remettront pas d'argent si les banques ne font pas d'effort", prévient le patron d'un fonds parisien. Ils sont d'autant moins enclins à le faire qu'ils sont aussi affectés par la crise. Le marché du LBO est gelé depuis plusieurs mois ; les fonds ne peuvent plus faire d'opérations et la valeur de leur portefeuille chute. Le britannique 3i a ainsi annoncé, le 6 novembre, une perte semestrielle de 143 millions de livres (177 millions d'euros).
Pour redresser la barre, certains seront tentés "d'accroître la pression sur les entreprises, d'en prendre le contrôle, de les forcer à vendre certaines
activités, avec un gros risque industriel et social", avertit Miguel de Fontenay, directeur général du cabinet Ineum Consulting. Les fonds pourraient même "vendre des sociétés
par appartements", ajoute-t-il. Autrement dit, les dépecer. "Les entreprises sous LBO risquent gros actuellement", conclut Philippe Matzowski, président du collectif LBO de la
CGT.